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Aventures en Asie du Sud Est - Partie 02

Combat
 
Pattaya. Le plus grand bordel du monde. Créé par les Américains pour délasser les permissionnaires de l'enfer. Soupape de sécurité du Vietnam où, pour quelques jours de repos, tout était permis. Pattaya, la ville du plaisir qui a gagné ses galons sous l'US Army, s'est reconvertie en station balnéaire touristique dans le civil, sans abandonner sa vocation première. C'est un bordel de vacances.

Une seule rue, Beach Road, l'avenue de la Plage. Une succession, sur trois kilomètres, de bars, de discos et de boîtes à gogo. Des déluges de néons, toutes les sonos à fond. Quatorze mille ravissantes putains y mènent la danse jour et nuit.

Dans cette avenue du vice, le Marine Bar, temple de la boxe thaï. Un ring trône au centre d'un immense hangar parcouru de néons et de ventilateurs. La nuit, plus de mille filles s'y exhibent, hurlent, provoquent, saoulent les étrangers et leur soutirent leur pognon. Au centre, entouré de tables à l'infini, le ring. Tous les soirs, les boxeurs de la maison offrent en spectacle des combats bidons. Il y a quelques soirées exceptionnelles consacrées à de vrais combats professionnels, mais l'attraction supplémentaire la plus courante et la plus appréciée, c'est quand un farang (étranger) monte sur le ring. En général un costaud éméché, poussé par ses copains et rassuré par l'aspect des combattants thaïs. C'est là que je veux combattre.

Phayat s'occupe de l'organisation de la soirée. Business avec le propriétaire des lieux. Allers-retours sur Bangkok où il fait le tour de ses relations. Il faut réunir des boxeurs pour cinq combats professionnels, dont mon adversaire, un arbitre, des juges, des toubibs... Il se passionne pour ce boulot qui le hisse au rang de promoteur et accornplit des miracles. Bientôt, il peut me donner avec certitude la date de la soirée. Ce sera le 14 mars 1987.

Pour moi, le séjour est agréable. Après ces mois de montagne et d'abstinence, retrouver le plaisir fait du bien. Pendant mes balades sur Beach Road, je suis souvent reconnu. Des Italiens, des Allemands, des Hollandais, et surtout des Français.

 
- Cizia Zykë ! J'ai lu tes bouquins.
 
Je suis parti de France très tôt après le succès d'Oro, et je n'y étais pas pour la sortie de Sahara. J'ai peu eu l'occasion de jouir de ma popularité et, pour dire vrai, je ne me sentais pas si célèbre. C'est une sensation agréable.

Dans la petite communauté française de Pattaya, les bruits courent vite et je me retrouve bientôt avec une bande de copains. Ce sont des fêtards dégénérés qui passent la majeure partie de leur vie ici. Ils se connaissent par cœur et s'envoient à la figure leurs perversions sexuelles respectives. Avec eux, je déconne en français, je bois du pastis, je joue à la pétanque et c'est très sympathique.

Quand je ne suis pas en vadrouille avec Patrick, Gilles, Hervé, Eugène et les autres potes, je me retire dans ma maison de Jomtien, à deux kilomètres de Pattava et à cinquante mètres de la plage la plus tranquille du coin.

Pour se reposer, dans cette ville de fous, il vaut mieux s'éloigner du centre. J'ai besoin de tranquillité pour mettre la dernière main à K. O., le livre, et Phayat exige ma présence trois heures par jour pour la cruelle préparation au combat. Il v a encore beaucoup de travail à accomplir et je ne dois pas me déconcentrer. Il m'a trouvé un adversaire à la mesure de ses ambitions. Un certain Kamanoek, moins lourd que moi, bien entendu, mais aussi grand. Phayat, Loum et les magazines de boxe thaï s'accordent à le décrire comme un excellent combattant, hargneux et luttant comme un fauve.

Mon adresse n'est pas secrète longtemps. je reçois de plus en plus fréquemment la visite des Français. Au début, seul Patrick débarquait, toutes chaînes et bracelets en or dehors, la chemise ouverte jusqu'au nombril, au volant de son MG décapotable vrombissant . Les autres ne tardent pas à se joindre à lui. Chaque jour, à l'heure de l'entraînement, c'est un cortège de motos et de décapotables de flambeurs qui se gare devant ma grille. Ne pouvant refuser l'hospitalité à personne, j'invite traditionnellement à boire une bouteille de whiskv. La communauté française, installée et sirotante, me regarde souffrir.

- Appuie ton gauche, Cizia !

- Désaxe-toi ! Désaxe-toi quand tu donnes le coup de pied !

- Oh ! putain, ce crochet ! Ta force, tu sais, c'est ce crochet.

Je dois me tester sur un ring, éprouver les distances entre les cordes et l'élasticité du sol, qui fatigue plus que le bitume ou le ciment lisse. Phayat a demandé à un " gym " , une école, distant d'une dizaine de kilomètres, la permission de venir s'entraîner quelques séances.

L'école est semblable à toutes les autres. Un préau avec quatre rings, des sacs de sable pendus à des portiques et un dortoir misérable. Elle a produit deux champions du monde. Le manager a assisté à ma première séance de training. A la fin, il a félicité Phavat pour la qualité de l'enseignement qu'il m'a donné.

Le 6 mars, j'enfourche la nouvelle moto que je viens de louer. C'est une petite Yamaha 700 et quelque chose, basse sur roues, légère et nerveuse.

Je mets les gaz sans me méfier. La roue arrière glisse sur du sable au bord de la route. Je fais vingt mètres en glissade et je m'arrache sur le goudron un bon lambeau de peau du bras gauche. Phayat me soigne sans rien dire, mais je vois qu'il n'apprécie pas.

Le 7 mars, je rencontre enfin celle que j'attendais. Ce soir-là, en rejoignant la bande des Français, je la trouve en train de rigoler avec eux. C'est une grande brune athlétique. coiffée de tresses et très sexy. Elle est française. Elle arrive du Népal où elle cherchait une vérité mystique.

Elle ne l'a pas trouvée ou s'en est lassée, car elle m'accueille d'un vibrant :

- Ça fait bien longtemps que je n'ai pas eu d'homme. Une telle phrase de présentation ne s'esquisse pas. je rejette loin de mes pensées le combat, le muay thaï et toutes ces histoires.

Je fais la fête avec les copains et la dame, qui me raccompagne chez moi. Ma maison est en bois, précédée d'une terrasse fragile sur pilotis. Le lit tremble. Le mur tremble. Les pilotis tremblent. C'est une exceptionnelle amante. Au réveil, vers 1 heure de l'après- midi. Phayat me salue d'un regard glacial. Je fuis aussitôt sa mauvaise humeur pour raccompagner ma copine à moto à la villeLà, je rencontre Patrick et ses chaînes en or, et on passe l'après-midi à discuter. A 6 heures, elle réapparaît, maquillée de frais et bien décidée à faire la fête. Le 9, pendant la soirée, Patrick s'approche de ma compagne, l'air sombre, envoyé en délégation. -Tu sais, Joséphine... Il combat bientôt. C'est pas bon, ce que tu lui fais. C'est pas recommandé... Le problème se règle de lui-même au petit matin. Joséphine doit partir. Elle a rendez-vous avec une copine à Bali. 1 Pour fêter son départ et le retour aux choses sérieuses, je me lance dans un entraînement enthousiaste et je me casse un orteil sur les " paos ". Pour tout arranger, je me fais un hématome long comme la main sur le tibia droit. je ne pourrai pas taper avec pendant une semaine. Phayat et Loum m'emmènent chez un guérisseur,, le masseur attitré de l'école où je suis allé, qui vit à quelques kilomètres de Pattaya. C'est un vieux monsieur au crane rasé, les veux bridés entourés de rides. Il opère à l'intérieur de sa cahute, où la télé marche à fond, sous le regard de toute sa famille. Mon petit orteil droit fait un angle bizarre avec le reste du pied. Le vieux masse tout autour, éveillant sous ses doigts les premières douleurs. Il me regarde un instant, avec une sorte de sourire narquois et, les doigts serrés comme des pinces, il tire un grand coup pour remettre les petits os en place. Je suis inondé de sueur et j'ai du mai à ne pas gémir. Les règles du muay thaï sont là pour me soutenir. Ne pas se plaindre. Taper où ça fait mal. De plus, ma jambe gauche est inutilisable en raison de l'hématome au tibia. Phayat, très abattu, me propose de reporter le combat.
 
- Mais non, Phayat. Tranquille. Ça va aller. Pas de problème.
 
Il n'est pas très convaincu. Il est nerveux. Il fait la gueule. Il n'est pas le seul. Mon club de supporters au complet affiche des mines sombres. Mon bobo leur paraît un mauvais avertissement. Mes excès avec Joséphine les avaient inquiétés,, mais je sens qu'ils commencent à perdre réellement la foi. En fait, ma baisse de cote n'est pas due à mes facéties, mais à la soirée de la veille où, au Marine Bat, deux farangs se sont fait des- cendre stupidement sur le ring. Le premier, un bodv-builder impressionnant, a tenu moins d'un round avant de déclarer forfait, privé de souffle. Le second, une gonflette également, a fait le tour des tables pour exhiber ses pectoraux et les faire toucher aux filles. Une fois sur le ring, il s'est précipité sur le Thaï et l'a frappé n'importe comment et trop fort. Le Thaï l'a travaillé au kick, rapide, et le gros a rampé sous les cordes pour lui échapper. Après une minute trente de "combat". La gloire a du bon et du mauvais. Dans leurs préoccupations, mes camarades deviennent pesants et leurs petites attentions tournent au ridicule. Leur nouvelle lubie, m'arroser de vitamines, de fortifiants, d'ampoules, de racines, de cachets, d'effervescents et de gélules. Chacun a son produit et son mode d'emploi, longuement expliqué, poliment écouté et aussitôt oublié. Les boîtes s'entassent sur un rayon du frigo. J'ai de plus en plus de mal à rester patient. Loum, et surtout Phayat, supportent mal ces invasions continuelles, en plus de tous nos ennuis. Il faut que je m'éloigne pour apporter à tout le monde un peu de repos et d'intimité, et d'abord à moi-même. je trouve refuge dans une des suites du meilleur hôtel de Pattaya, le Roval Cliff, face à la mer. Après m'être repu du décor, de mes salles de bains, du lit de quatre mètres de large et des quelques tableaux accrochés au mur, je commence à m'ennuyer, à tourner en rond et à m'énerver. Pour m'assurer de garder tout le calme nécessaire, je décide de fêter la victoire prochaine. Après quatorze bouteilles de champagne et plusieurs fioles de cognac, bues dans le bordel que mettent autour de moi mes copines thaïes, appelées à la rescousse, je sombre dans un coma éthylique et bienfaisant. C'est Phayat qui me tire du sommeil, le 14 mars à 16 heures, six heures avant de monter sur le ring. Je n'ai jamais vu mon entraîneur aussi triste. Il congédie d'une voix sèche les filles.
 
- Phavat ! Tranquille ! Pas de problème.
 
J'ai la voix pâteuse et il ne me croit pas. Je lui demande de me commander plusieurs cafetières pleines pour me remettre pendant que je fonce sous la douche. Une bonne surprise, il m'a apporté un cadeau de mes supporters, un grand peignoir de soie noire, brodé à mon nom et à la date d'aujourd'hui. Des centaines et des centaines de personnes sont massées sur le trottoir en face du Marine Bar, essavant de jeter un coup d'oeil à l'intérieur où il ne reste pas une place assise et peu d'espace pour se tenir debout. Les tables sont toutes occupées depuis longtemps. Au-dessus du ring, une banderole proclame "14 mars. Soirée spéciale. Cizia Zvkë-Karna- noek". Dans le brouillard, guidé par mes entraîneurs, je me fraye un chemin hésitant vers l'arrière, loin au fond du Marine Bar. Au passage, des gens me serrent la main.
 
- Champion ! Hé ! champion !
 
- Bonne chance, monsieur Zvkë ! Tout à coup, j'ai Patrick en face de moi, en chemise jaune, une caméra vidéo au poing.
 
- Cizia, tu vas gagner, dis ? Tu vas gagner, hein ? J'ai dit que je me faisais enculer, sinon...
 
Puis, c'est Gilles, la moustache en bataille et l'air catastrophé.

- Il paraît que tu as bu du champagne Tu es fou ! J'ai mis un maximum de pognon sur toi. Arrivé au fond du bar, je me mets la tête dans l'évier crasseux des toi- lettes et je fais longuement couler l'eau sur ma nuque. Phavat commence à me préparer. Massage d'abord, plus appuyé que d'habitude, en prenant un soin particulier de ma jambe droite, tibia et orteil. Loum commence à enrouler les bandes autour de mes poings. Assourdis, lointains, me parviennent les hurlements qui ponctuent les premiers matches de la soirée. J'essaie de ne pas penser. Comme hier à l'hôtel, je veux repousser les pensées négatives qui me viennent. L'enjeu est important. Dans la situation où je me suis mis, un échec serait terrible. Mes copains seraient ravis de pouvoir rigoler à leur aise. Il y a des journalistes de magazines de boxe thaï dans la salle, venus voir cette " soirée spéciale ". Ils ne louperont pas le farang si je tombe. J'ai entraperçu tout à l'heure le reporter français venu prendre des photos à ma demande pour la presse française. Il s'est posté en hauteur, dans la cage du deejay. Il y a au moins trois mille personnes dans le Marine Bar. Les combats défilent à toute vitesse. J'adresse de courtes prières au Seigneur pour qu'ils ne se pressent pas autant. Qu'ils me laissent le temps. - Loum ! Gifle-moi Il me regarde sans rien dire. Depuis trois mois qu'il est avec moi, il s'est habitué à tout. - Gifle-moi fort ! Il faut que je me réveille. C'est un bon exécutant. Il gifle, et fort. Un aller-retour, puis une série de claques que les spectateurs les plus proches observent avec stupéfaction. La voix du speaker annonce mon nom, là-bas. C'est le moment d'y aller. Loum ouvre la marche. Phayat est à côté de moi. Partout sur le chemin, des membres du service d'ordre du Marine Bar, tous anciens boxeurs, et des flics de la tourist police. La sécurité a été renforcée. Phayat y a veillé à ma demande. Il faut surtout éviter les incidents racistes, et les inévitables batailles sanglantes qui en résultent toujours.

Au coin du ring, à côté du petit escalier, une jeune femme m'attend. Elle me glisse une guirlande d'orchidées autour du cou. je reste saisi devant son regard. D'immenses yeux bleu-vert dans un visage aux traits délicats. - Mais... euh... vous vous appelez comment ?
- Yasmine.

Sa voix est un souffle. Son sourire coupe le mien. Phayat et Loum me poussent dans le dos.

- Euh... on se voit tout à l'heure ? Son regard a disparu sous ses paupières baissées. Ni oui ni non. A ce moment-là, je me dis qu'elle ne doit pas aimer les perdants.

Cette fois, j'y suis. Derrière moi, j'ai tous les Français, survoltés.

- Zy-Kë ! Zy-Kë ! Zy-Kë !

Une bonne centaine de noceurs, tenanciers de bars et de clandés, magouilleurs et à l'affût de tous les coups, qui scandent mon nom. Autour, partout dans la salle, il y a mes copines, les putains du Marine Bar qui m'envoient des signes de la main, des bisous et des gestes obscènes.

- Hey boss ! You win, sure !

- Hey boss, you come with me after ?

Moi, je suis au centre de tout ça. Je me trouve pour la première fois sur un ring et je me demande bien ce que je fous là. Je me retourne vers l'autre coin et je découvre mon adversaire. Il est très grand, un peu plus que Loum. Ses muscles sont durs et secs. Il a le visage tourné vers moi, avec cet étrange regard vide des boxeurs qui ne laisse passer aucune émotion. L'orchestre, flûte aiguë et cymbales, entame la danse du Ram Muay, le rituel des boxeurs thaïs, que Kamanoek se met à exécuter au centre du ring. C'est à la fois une prière, une action de grâces envers l'école qui l'a formé et une bonne méthode pour se délier les muscles. Il reste plus d'une minute, à genoux et replié, les bras étendus le long du corps, le front au sol, en totale concentration. L'arbitre nous fait venir. Recommandations en thaï. Coup de gong.
Le premier round est traditionnellement une période d'observation. Dans les stadiums, c'est le moment où les parieurs observent les combattants pour choisir leur favori. On se tape peu, on fait du style. Pourtant, je ne résiste pas à l'occasion de lui envoyer un coup de pied bas, un " low kick " de la jambe gauche qui s'écrase sur le côté de la cuisse. Il fait un bond sur le côté. Une sorte d'hésitation due à la surprise. Quelque part à gauche, la voix de Phayat me crie de conserver ma garde haute. Kamanoek commence à me frapper. Il est très mobile. Léger à la perfection. Il danse autour de moi et me bombarde de coups de pieds violents que je bloque aux avant-bras. Depuis le départ de cette idée de combat, je sais que ma chance est de rester tranquille. Je ne peux rivaliser avec lui ni en souplesse ni en rapidité. Kamanoek est plus jeune et plus formé que moi. Inutile de lui faire du rentre-dedans, mon jeu est de le laisser faire, en attendant ses ouvertures. Je le laisse cogner pendant les deux minutes qui restent. Plus le temps avance, plus il accélère. Je reçois un coup de genou sous les côtes que je ressens durement, juste avant la fin du gong.
Dans mon coin, Phayat a posé la grande bassine par terre. Il m'arrose d'eau.

- Good. Très bien, ton low kick.

Continue. Frappe à la même jambe. Il va s'écrouler. Les cris de mes supporters n'ont pas cessé.
Phayat m'ôte les chevillères.

Le coup de gong me renvoie à l'attaque.

Ce deuxième round est beaucoup plus dur. Kamanoek vise mon cou à grands kicks. J'esquive des coups de pied qui passent au ras de mon visage. Et puis il me martèle les bras avec hargne, cherchant à faire baisser ma garde, les chocs résonnent dans mes os et dans mes coudes.
Je tiens. J'avance tout le temps sur lui. A son moindre signe de fatigue, dès qu'il se repose un instant au lieu de frapper, je lui place un low kick.
Un coup de pied bas sur la cuisse gauche, toujours au même endroit, en priant Dieu que ça l'immobilise.
Clac! nos tibias s'entrechoquent. Ça lui fait aussi mal qu'à moi. Maigre consolation. je suis cassé, sonné de partout à la fois. J'ai des problèmes avec mon souffle. Juste avant que le gong ne résonne, j'ai très peur.
Je glisse en portant un quinzième ou seizième low kick, toujours sur sa cuisse.

Je manque de m'empaler sur ses gants.

Je rentre en boxe anglaise, courbé, sous sa garde et je lui décoche un crochet du gauche. Il accuse le coup, grimace, secoue la tête pour dissiper le choc. Touché. Je le chope, l'envoie sur les cordes. Une droite. Un coup de genou à toute force qui s'enfonce dans son abdomen. Il s'échappe du piège, maladroitement, en déséquilibre. je le cueille d'une nouvelle droite. Il atterrit dans les cordes. je l'ai juste en face de moi, désemparé, la garde fragile. je cogne à toute vitesse. Gauche, droite, gauche, droite, gauche, un crochet à la tempe. A ma grande surprise, il s'écroule, la tête dodelinante, sur la plus basse des cordes. L'arbitre accouru m'écarte violemment. Le compte défile dans sa main, relayé par le speaker qui hurle les chiffres dans le micro.

- Seven, eight, nine, ten. Le reste de ses cris se perd dans la tempête qui secoue le Marine Bar. Les Français beuglent plus fort que tous les autres. Des silhouettes escaladent le ring. Phayat a sauté par-dessus les cordes, fou de joie. Il en vient de partout. Je suis épuisé. On me lève le bras. C'est gagné.
 
Pour la petite histoire, lors du festin de la victoire, quelques heures plus tard, au Villa Inn, chez des copains tropéziens, j'ai revu Yasmine, qui aime et sait aimer les gagnants.
 
Dans ma suite du Royal Cliff au lit gigantesque, elle sut panser mes blessures et me donner avec douceur ce repos du guerrier dont ce 14 mars avait besoin en guise de conclusion.
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