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Au bord de l'incident diplomatique : le Queensland m'accuse de massacre de kangourous et de perversion des aborigènes.
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SYDNEY. LE 7 JANVIER 1988.
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Dans ma chambre au Sheraton. Entouré de mon équipe. Nous sommes recherchés par les polices du Queensland et du Northern Territory et, depuis deux jours, la presse de toute l'Australie crache sur nous. "L'équipe de reportage française a massacré des kangourous et perverti les Aborigènes en leur fournissant de l'alcool." (The Australian). Mister GUNN, premier ministre du Queensland, se déclare "dégoutté par nos actes" et se demande "comment le gouvernement fédéral a-t-il pu accorder des visas d'entrée à de tels individus." (The Canberra Times). Mister Hayden, ministre des affaires étrangères du même Queensland pense que nous avons "commis des actes illégaux et une saloperie éthique" (Sydney Morning Herald Tribune). Le gouvernement du Queens- land dans son ensemble demande au gouvernement fédéral de lancer "une sévère protestation auprès de l'ambassadeur de France" concernant nos actes (Sydney Morning Herald Tribune). Qu'avons-nous donc fait ? Je vous laisse juger par vous- même.
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QUEENSLAND.
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Ce n'est pas un état sympathique. Les paysages sont grandioses, le Bush infini, sec, rouge, rocailleux, prend des teintes de splendeur au coucher du soleil, mais la vie des bourgades est trop pesante pour qu' on apprécie. Je ne parle pas de la côte Brishane, Surfer's Paradise, Redcliffe, habités par des gens normaux, mais des village de l'"Outback", l'arrière pays, où l'atmosphère de brutalité et de racisme est étouffante. Nous le ressentîmes d'autant plus avec mon équipe, que nous nous étions enfoncés dans l'Outback avec l'intention de voir, de rencontrer et de mieux connaître les Aborigènes. J'avais déjà fréquenté des " Blackfellows ", deux ans auparavant, dans d'autres états. Je n'avais jamais eu de problème avec eux, ni pour les trouver, ni pour leur parler. Il en alla autrement au Queensland. Au départ, il fallut parcourir des milliers de kilomètres et parvenir aux régions les plus arides, les moins vivables pour commencer à en rencontrer. Le premier, ce fut à Boulia, une bourgade sans intérêt, dans le traditionnel Pub/Hotel/Liquor Store/Video rental de la ville. C'était un vieux un peu ivre. Il était en train de se faire casser la gueule par un "stockman", un garçon de ferme en boots et stetson, au milieu d'un cercle de Blancs rigolards et bourrés à la bière. Rassemblés dans leur coin, silencieux et passifs, les autres aborigènes ne mouftaient pas. Les jours suivants, les premiers contacts furent négatifs. Les aborigènes que nous abordions dans la rue, au lieu de la sympathie immédiate à laquelle j'étais habitué, réagissaient avec méfiance, voire crainte, ne répondant que par quelques " Nope.., Nope… " (Non,… Non…) avec le désir visible de s'échapper au plus vite. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne semblaient pas avoir de bon rapport avec les blancs.
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DAJARRA. 150 kilomètres plus au Nord.
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Trois rues. Un pub, un motel/station-service. Une population en grande majorité aborigène, logée, sédentarisée dans des bungalows préfabriqués offerts par le gouvernement. Une chaleur torride. La plupart vivent sur leur pelouse, dans leur 'yard" où ils ont tiré les lits et les fauteuils . L'assistante sociale du village, une aborigène d'une trentaine d'années, très gentille et serviable, nous présenta à plusieurs familles et nous passâmes deux jours à discuter avec les uns et les autres.
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Nous expliquâmes longuement qui nous étions, ce que nous faisions et dans quelles conditions. Comme le 25 décembre approchait, j'eus l'idée d'organiser avec eux une party dans le Bush. Un réveillon, une fête comme ils ont l'habitude d'en faire, avec du kangourou à manger et ce qu'il tout de bière à boire. C'était un bon moyen de faire définitivement copain, de les voir évoluer et les photographier à l'extérieur du village, dans leur décor, et, aussi, de fêter dignement Noël. Rapidement, les aborigènes de Dajarra nous eurent à la bonne, nous et nos idées marrantes. Je passai commande au pub d'une bonne quantité de bières, car je voulais que la fête soit joyeuse. C'est alors que le patron, surpris mais pas mécontent, empilait les cartons sur le comptoir que je fis connaissance avec la loi.
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- Watch out, Cizia, me prévint un des abos, this guy is pig.
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(Fais gaffe, Cizia, Ce type est un porc). Et mes nouveaux potes refluèrent vers la sortie. Le flic qui venait d'entrer, en short impeccable, les deux pouces dans le ceinturon, avait effectivement l'air d'un cochon. Rougeaud, une gueule de cul, un nez violet hémorroïdes pour aller avec, une petite moustache et un air de suspicion générale. Il se présenta, regarde mes cartons de bières et entreprit l'interrogatoire. Qui étais-le, que faisais-je chez lui, pour- quoi me voyait-on avec les Blackfellows, qu'est-ce que je manigançais, etc... Quand il apprit que j'étais un écrivain connu, il prit un ton plus respectueux. Il sorti deux ou trois banalités et soupira :
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- Pff... Et vous allez payer ces putains de nègres!
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Avant de laisser tomber. Dans un premier temps, nous chassâmes les kangourous. J'étais au volant et Keith, le chasseur, avec sa minuscule 22, se tenait à côté de moi, vitre ouverte, fouillant le Bush du regard pour repérer le gibier. Ce ne fut pas le moment le plus agréable de la journée. Tuer un "red kangaroo", animal inoffensif, qui s'enfuit à peine à l'approche d'une voiture, est loin d'être un exploit. Ça ferait plutôt de la peine car c'est une bestiole sympathique. Quelque chose comme un gros lapin. Je pensais que deux ou trois suffiraient, mais mes copains les Abos, qui trépignaient et applaudissaient à chaque fois que Keith touchait sa cible, voulaient un vrai festin. Il y en eut bientôt huit, sanglants, encore frémissants, à l'arrière de mon 4x4. La suite, par contre, fut merveilleuse. Nos amis nous avaient emmenés dans un de leurs lieux sacrés, un "creekbed", le lit d'un ruisseau à sec, à l'ombre de grands arbres. Les kangourous avaient été découpés, la viande proprement disposée sur des lits de feuilles. La bière circulait. Ce n'était que des rires, des palabres, des grimaces et des grands "Merry Christmas!" criés à toute force. La viande de kangourou a une saveur forte, qui rappelle celle du lièvre.
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Elle répondait dans tout le creek une délicieuse odeur de rôti. Les gamins s'accrochaient à moi. Meryle, une imposante jeune femme, venait me faire du charme et glousser autour de moi. Les gars de mon équipe, hilares et excités, semblaient vivre un Noël qui ferait date dans leur vie.
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Dans l'après-midi, alors que les kilos de viande absorbés et la bière chaude commençaient à assoupir tout le monde, j'eu une longue conversation avec Keith, le chasseur, Henry, le doyen et Kevin, le leader et plus gros de la bande. Ils me décrivirent les esprits-animaux qui viennent interférer sur leur destin.
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J'appris l'importance des rêves dans les communications qu'ils ont avec ces puissances étranges.
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Je rigolai, longuement à la légende toute neuve de la " Grandmother ", la Grand'mère acariâtre qui doit surgir de la terre du Bush un de ces quatre et "swallow the white men'', avaler les hommes blancs. Avec regret, je donnai vers six heures du soir le signal du départ. De retour à Dajorra, je distribuai à chacun son salaire.
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Je leur confiais les restes de kangourou et les cartons de bière, pour lesquels j'avais décidément vu trop large. Il y eut une séance d'embrassades interminable et nous reprîmes notre route sous les acclamations. Je n'eus pas conscience alors d'avoir accompli quelque chose de mal.
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LE 8 JANVIER.
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Sydney. Nous prenons notre breakfast à la terrasse d'un coffee-shop tenu par un grec, sur King Cross Road, comme chaque matin, et la lecture des journaux est un moment désastreux. Ça tourne au Grand Guignol. "LA FRANCE SOMMÉE DE S'EXPLIQUER" (The Australian. Gros titre). "Il se pourrait que le reportage de cette équipe puisse être utilisé sciemment pour salir l'image internationale de l'Australie pendant les cérémonies du Bicentenaire" (The Australian). "Cette équipe a été envoyée chez nous pour saboter le Bicentenaire, en réponse aux critiques de l'Australie sur l'attitude colonialiste de la France dans le Pacifique et en Nouvelle Calédonie" (Sydney Morning Herald Tribune). "Le ministre des affaires étrangères demande la déportation de cette équipe de tournage" (Sydney Morninq Herald Tribune). Que faire ? Dans le New South Wales, comme partout ailleurs en Australie, nous sommes des hors la loi susceptibles d'être arrêtés. Heureusement, la presse dit qu'ils nous croient toujours dans le Northern Territory. On est allé trop vite pour eux. Après le réveillon, nous avons essayé d'aller photographier les crocodiles du Golfe de Carpentria, à l'extrême Nord du Queensland, mais nous sommes tombés à la mauvaise saison. On est redescendu comme des flèches dans le Northern Territory, jusqu'à Alice Springs où on a organisé une course de chameaux dans la plus pure tradition du Bush .C'était à peine terminé que nous sommes repartis pour rouler d'une traite, pendant trois jours, jusqu'à Sydney. Mais ils doivent remonter notre piste avec les fiches d'hôtels. Ils savent aussi que nous avons un 4x4 de location. Le Sydney Morning dit même que le chef de cette bande de malfaiteurs est un "well-known writer", un écrivain connu. Nous sommes en danger. Alors que nous n'avons rien fait de mal. Le ministre des affaires étrangères demande notre déportation. C'est un mot que j'exècre, et d'autant plus quand il s'adresse à moi et à ma liberté. Si ils nous prennent maintenant, ils vont nous expulser du continent ou, ce qui serait la fin des haricots, nous remettre aux autorités du Queensland. Là bas, ces fascistes s'en donneront à cœur joie. Vu le ton qu'ils emploient à notre égard on est bons pour plu sieurs semaines de taule, des amendes mirobolantes et des emmerdes à n'en plus finir, "Mister GUNN, le premier ministre du Queensland, a appelé le gouvernement fédéral à confisquer le film que l'équipe française essaie de faire sortir du pays". Confisquer des photos de réveillon! De quoi ont-ils peur ? Qu'est-ce qui peut bien les gêner à ce point ? Les kangourous ? Les abos en tuent tout le temps. C'est leur gibier favori. Il y en a quinze millions en Australie ! Et le quota d'abattage est fixé à trois millions par an. Avec mes huit malheureuses bestioles, je suis bien loin du compte. En plus, les trucks et les automobilistes en écrasent des centaines toutes les nuits sur la route. Toutes les voitures d'ici ont un énorme pare choc spécial en prévision des rencontres avec les kangourous. C'est la bière, alors ? Mais les abos ont le droit de boire librement. Ils s'achetaient des cartons de bière bien avant mon arrivée et on peut leur faire confiance pour continuer maintenant que je suis parti. Dajorra n'est pas une réserve ou un territoire spécial, c'est un village. Pourquoi interdit-on à ses habitants de boire un coup ? Parce qu'ils sont noirs ? Ça ne tient pas debout. Un moment, je caresse l'idée de partir, quitter le pays au plus vite, mais j'abandonne après réflexion. Il est hors de question de fuir comme un voleur. C'est absolument contraire à mes principes de vie. En plus, je ne pourrai pas sortir. La voiture et toutes les chambres d'hôtel ont été louées à mon nom. L'ordinateur de la police de l'aéroport ferait bip-bip dès que je me présenterais J'en suis là de mes réflexions quand la présentatrice des informations à la télé me raconte mon histoire. C'est un résumé de tout ce que dit la presse, Elle ne s'attarde pas plus d'une minute mais ça suffit à me faire prendre la décision. Le scandale devient trop important. Ils s'énervent tout seul et si je ne réagis pas, on va réellement devenir un incident international ou quelque chose comme ça. Il faut que j'aille au devant d'eux, et que je désamorce.
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LE 9 JANVIER.
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Mon premier soin est d'acheter des billets d'avion pour l'équipe. Le départ le plus rapide que j'arrive à trouver est un vol pour Bali le lendemain. Il faudra qu'ils restent encore vingt quatre heures dans leur chambre. - Market street, please! French Consulate! Je ne me déplace plus qu'en taxi. La voiture reste cachée dans le parking du Sheraton. Après 10 000 kilomètres dans le Bush, elle est trop repérable, couverte de boue séchée, de poussière rouge et d'immondes cadavres de sauterelles. A bien regarder, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Au Costa-Rica, dernièrement, pour me voler ma mine d'or, ils m'ont accusé d'être un espion rouge, payé par le communisme pour déstabiliser la démocratie. Dans les années 70, en Centrafrique, les sbires de Bokassa m'avaient contraint à sortir de leur charmant pays en me traitant d'agent révolutionnaire. Un peu plus tard, en Mauritanie j'étais devenu un espion capitaliste... C'était dans le Tiers Monde, dont les dirigeants n'ont aucune crainte, ni de l'exagération, ni du ridicule. Si je m'attendais, après toute une vie d'aventure, à ce qu'on me fasse le même coup dans un pays moderne et civilisé comme l'Australie... Au Consulat, j'ai la chance de tomber sur des gens efficaces et compétents. Je suis rapidement introduit auprès du Consul Général, M. Michel Menachemoff, qui est parfaitement au courant de l'affaire. - Monsieur Zykë ! Cette histoire fait beaucoup de bruit... Qu'est-ce que vous avez l'intention de faire ? - Il faut que je rencontre les autorités et que je leur parle. - Vous êtes sûr?... - Oui. C'est la seule solution. M. Menachemoff se pendit au téléphone toute la journée et finalement réussit à m'obtenir un rendez-vous pour le lendemain avec le ministre des Affaires Étrangères du New South Wales.
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LE 10 JANVIER.
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Je quitte mes copains sur le parvis du Sheraton. Ils sont prêts à partir pour l'aéroport, avec 50 % de chances de ne pas se faire bloquer par la police de l'air. J'ai mis mon meilleur costume parce que, tout de même, j'ai rencart avec un ministre. M. Ross Burns et deux de ses adjoints me reçoivent avec beaucoup d'amabilité, ce sont des diplomates, jeunes, agréables et courtois, qui prêtent beaucoup d'attention à ce que je leur expose. Après une heure et demi d'entretien, ils sont convaincus de l'évidente vérité de ma version des faits et que le Queensland patauge dans la semoule. A la sortie, je suis attendu par plusieurs journalistes australiens et j'improvise une conférence de presse. L'un d'eux Me demande si j'éprouve de la rancœur contre l'Australie. Je lui réponds naturellement que non et que tout le monde peut se tromper. En rentrant au Sheraton, je trouve un message m'apprenant que mes gars ont passé les contrôles et ont donc dû atterrir quelques heures plus tôt à Bali, hors de portée des griffes de Mister GUNN.
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LE 11 JANVIER.
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La presse est avec moi! "LES FRANÇAIS INNOCENTÉS DANS LE MASSACRE DES KANGOUROUS" "Il a été prouvé que les français avaient été FAUSSEMÉNT ACCUSÉS de fournir à boire aux aborigènes et de massacrer les kangourous pour les filmer.'' (Sydney Morning Heraid TritDune). Ça fait du bien de le voir écrit noir sur blanc. De partout, on s'excuse, on donne la vraie version des faits et on me réhabilite. Il n'y en a qu'un sur tout le continent qui se refuse à lâcher le morceau, c'est Mister GUNN,le premier ministre du Queensland. Mister GUNN a déclaré qu'il n'était pas satisfait des explications de Monsieur Zykë". Il va même jusqu'à affirmer: "C'est un coup monté entre la France et les autorités fédérales contre le Queensland". Mais plus personne ne l'écoute. Son ministre des affaires étrangères est même ridiculisé dans un éditorial du quotidien The Australian ce même jour, se concluant par. - Un peu plus, et le ministre aurait déclaré la guerre à la France pour cette Histoires" Mister GUNN continua à tonner et à ruminer pendant quelques jours, accusant l'Ambassade de France, le gouvernement de Canberra et un peu tout le monde d'être complice des agents subversifs français. Il réclamait au New South Wales mon extradition et menaçait, en plein délire, d'envoyer les sbires de sa police pour me prendre. Pour ma part, attendant que tout se calme définitivement je m'étais retiré à Mainly, la Plage de Sydney, et, tout en rn'emmerdant ferme, je tournais et retournais l'histoire dans ma tête. Comment un tel patacaisse a- t-il pu se déclencher ? Une chose est sûre, c'est que l'aborigène reste un sujet brûlant en Australie, à manier avec précaution. Quand les Premiers colons sont arrivés, en 1788, les aborigènes vivaient en clan, nomades sur ces immenses territoires, se nourrissant exclusivement de chasse et de cueillette, comme à l'âge de pierre. Inutile de préciser que dans la grande tradition des hommes blancs, surtout les anglo-saxons, la première réaction des nouveaux arrivants a été d'en massacrer un maximum et de s'approprier tout ce qui pouvait enrichir. A la fin de la seconde, guerre mondiale, tout le monde, et les aborigènes eux-mêmes, se considéraient comme une "Dying race", une race en voie de disparition. C'est là que se trouve le fin mot, la vraie raison du scandale des "French Kangaraoos killers", les français tueurs de kangourous. Mister GUNN s'est affolé d'apprendre qu'une équipe de journalistes avait parlé, sympathisé et finalement fait la fête avec les abos. Mister GUNN a honte des aborigènes. Il ne veut pas qu'on en parle parce qu'il a beaucoup de choses à cacher sur le sujet, parce que sa politique à leur égard est désastreuse. Toute l'Australie obéit à des préoccupations écologistes, généreuses et libérales, sauf dans le Queensland où règne le racisme, le rejet, le mépris et où l'opinion courante est que les "Blackfellows" sont des singes.
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J'ai quitté l'Australie quelques jours plus tard, alors que GUNN s'était enfin décidé à fermer sa gueule.
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